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Accueillir des apprenties françaises

Accueillir des apprenties françaises dans une crèche à Dublin : le regard d’Anna K., responsable RH

Responsable des ressources humaines dans une crèche à Dublin, Anna K. a accompagné plusieurs apprenties de notre CFA préparant le CAP Accompagnant éducatif petite enfance. Elle revient sur leur intégration dans l’équipe, leur préparation linguistique et les ajustements réalisés au fil des mobilités. Dans cette crèche qui accueille des enfants âgés de trois mois à huit ans, les apprenties françaises ont découvert l’ensemble du quotidien professionnel. Pour Anna K., cette confrontation avec la réalité du métier est aussi importante que l’acquisition de nouvelles compétences.

L’accueil d’apprenties européennes vous paraît-il naturel ?

Oui, car l’interculturalité fait déjà partie de notre quotidien. Beaucoup de membres de notre équipe ne sont pas irlandais d’origine. Ils ont été formés dans différents pays et n’ont pas toujours acquis leur expérience professionnelle dans le même environnement. Cela demande parfois des ajustements. Un choc culturel peut apparaître au sein d’une équipe lorsque les professionnels n’ont pas les mêmes références. Certaines différences sont aussi liées aux générations. Une manière de travailler qui paraît évidente à une personne peut surprendre l’une de ses collègues. Nous avons l’habitude d’en parler et d’expliquer nos pratiques. L’arrivée d’apprenties françaises s’inscrit naturellement dans ce fonctionnement.

Pourquoi souhaitez-vous faire découvrir les métiers de la petite enfance à des jeunes ?

Je pense qu’il est important que les jeunes découvrent la réalité de ces métiers avant de choisir définitivement cette voie. Travailler auprès des enfants peut être très gratifiant, mais il ne faut pas en montrer uniquement les aspects les plus agréables. Sinon, certaines personnes risquent de s’engager dans une formation, puis de comprendre trop tard que le métier ne leur correspond pas. Les apprenties doivent pouvoir observer tout ce que le travail implique, y compris les contraintes et les tâches moins visibles. Cette expérience leur permet de confirmer leur projet professionnel en connaissance de cause.

Quelle place occupent les apprenties dans votre équipe ?

Notre objectif est de les intégrer véritablement. Elles ne restent pas simplement en observation et ne sont pas placées à l’écart de l’équipe. Elles participent aux activités avec les enfants, mais aussi aux repas, aux temps de repos, au rangement et à l’entretien des espaces. Elles découvrent les différentes tâches qui rythment une journée en crèche, toujours en fonction de leurs compétences et avec l’accompagnement d’un professionnel. Nous pouvons ainsi leur transmettre nos pratiques, nos savoir-faire et nos valeurs éducatives. Lorsqu’elles commencent à prendre leurs repères, elles contribuent aussi concrètement à certaines tâches du quotidien. Elles restent là pour apprendre, mais elles deviennent réellement membres de l’équipe pendant leur mobilité.

Vous travaillez dans les ressources humaines. Pourquoi tenez-vous à rester proche du terrain ?

Je n’aime pas rester en permanence dans un bureau. La partie administrative est nécessaire, mais je tiens aussi à être présente auprès des équipes et à connaître la réalité de leur travail. J’ai une vision peu verticale du management. Cette proximité me permet de comprendre les situations rencontrées par les professionnels et de suivre plus facilement l’intégration des apprenties. Quand une difficulté apparaît, il est préférable de pouvoir en parler immédiatement. Cela évite de laisser s’installer les incompréhensions et facilite les relations au sein de l’équipe.

Les apprenties étaient-elles suffisamment préparées en anglais avant leur arrivée ?

Elles connaissaient le vocabulaire de base nécessaire pour identifier le matériel, les jeux et les produits utilisés pour l’entretien des locaux. Cette préparation leur permettait de comprendre des consignes simples et de participer plus rapidement aux activités. Le manque de vocabulaire n’est toutefois pas toujours la principale difficulté. Beaucoup de gestes professionnels peuvent être enseignés par la démonstration. Un membre de l’équipe montre comment réaliser une tâche, puis accompagne l’apprentie lorsqu’elle essaie à son tour. Comprendre les tout-petits peut être bien plus compliqué et cela a été un défi pour elles. Leur prononciation et leur manière de s’exprimer ne sont pas toujours faciles à saisir pour une jeune qui ne maîtrise pas encore bien l’anglais.

Comment les professionnelles ont accompagné les apprenties lorsqu’elles ne comprenaient pas un enfant ?

Je crois que pour comprendre un jeune enfant, il ne suffit pas de connaître une liste de mots et nous on n’est pas des professionnelles des langues étrangères (rires).  Elles ont appris aux apprenties à observer les gestes, le comportement et les réactions de l’enfant. Nous utilisons aussi un peu le Makaton, qui associe la parole à des signes et à des symboles. Les apprenties ont été passionnées par ça et parfois je crois que ça les a aidés à communiquer avec les gestes.

Qu’attendez-vous d’une apprentie d’origine étrangère ?

Nous attendons d’abord du sérieux, de l’ouverture d’esprit et la volonté de participer. Nous savons qu’une apprentie étrangère fera des erreurs et ne comprendra pas tout. Ce n’est pas un problème. En revanche, elle doit essayer de parler, poser des questions et montrer qu’elle souhaite progresser. Si elle reste silencieuse par peur de se tromper, son intégration devient plus difficile. Faire l’effort de communiquer est essentiel, mais elles ont joué le jeu avec les professionnels comme avec les enfants.

Avez-vous observé une progression au cours des mobilités ?

Oui, les apprenties ont beaucoup progressé. Elles ont peu à peu mieux compris le fonctionnement de la crèche, les consignes et les échanges du quotidien. Elles ont également gagné en assurance. Le fait d’accueillir plusieurs fois des jeunes CFA a facilité cette progression je crois. Les anciennes participantes ont pu transmettre aux suivantes des informations importantes sur la crèche, son organisation et ce qu’elles avaient elles-mêmes découvert. De notre côté, nous avons appris à mieux connaître la formation française , ses différences avec notre propre système de formation et les besoins spécifiques. Plus nous avons organisé de mobilités ensemble, plus leur accueil est devenu simple. Chacun savait davantage à quoi s’attendre et nous pouvions mieux anticiper les difficultés.

Quelles différences ont-elles découvertes entre la France et l’Irlande ?

L’une des premières différences concerne l’âge des enfants accueillis. Notre crèche reçoit des enfants âgés de trois mois à huit ans, répartis dans des groupes distincts. Il existe aussi des différences dans les règles de fonctionnement. Chez nous, tous les salariés portent un uniforme. D’après les apprenties, les professionnels français disposent généralement de plus de liberté, il n’y a pas d’uniforme imposé.  Elles ont dit aussi que la relation avec les parents est également plus présente chez nous. Certains enfants restent de nombreuses années dans la crèche. Il arrive aussi que nous accueillions successivement plusieurs enfants d’une même fratrie donc à force les familles deviennent très proches. On les connait bien.

Comment la relation avec le CFA s’est-elle construite ?

Nous avons toujours échangé avec les deux mêmes professeurs. La communication a toujours été facile parce que ils parlent très bien anglais et sont sympas. Ils sont venus dans la crèche avant les premières mobilités pour découvrir notre fonctionnement et préparer l’accueil des apprenties. Cette visite initiale était importante. Nous avons pu parler de nos attentes, de l’organisation de la crèche et de la manière dont les jeunes seraient accompagnées. Je pense que c’est important aussi pour les apprenties et pour leurs familles aussi parce qu’elles sont jeunes. On a aussi décidé de faire un padlet pour partager des documents. Les profs du CFA ont utilisé des documents du padlet pour bien préparé les filles et ça c’était chouette.

J’ai aussi apprécié que le contact soit maintenu entre les mobilités, même pendant les périodes où nous n’accueillions aucune apprentie. La relation ne se limitait pas à l’organisation ponctuelle d’un stage. Cette continuité nous a permis de mieux nous connaître et d’améliorer progressivement les accueils.

Que reste-t-il de ces mobilités dans la crèche ?

Beaucoup de bons souvenirs, quelques mots de français appris par les enfants et les professionnels et des livres pour les enfants en français que les profs ont offert.

Anna K.

Responsable des ressources humaines dans une crèche à Dublin

Entretien réalisé en juin 2022